mardi 30 septembre 2008
Le design sonore dans les points de vente
J'en parlais très récemment avec mes étudiants, le conditionnement à l'achat dans les points de vente, l'étude d'une playlist ou mieux la création d'un design sonore original, denrée encore trop rare... Forcément, on ne trouvera pas la même orientation musicale chez Zara, H&M et dans la grande distribution. Question de cibles, question de positionnement, question de produits. Des questions, toujours des questions, mais le marketing n'est-il pas la science des questions? Point de philosophie mais une éternelle recherche sur les motivations des consommateurs.
Récemment, un article dans Libération évoquait le design sonore dans les magasins. Succincte dans son propos, efficace dans les exemples présentés, la journaliste fait un état des lieux assez sommaire de la musique présente dans les points de vente. Elle nous parle même de "design sonore des plus étudiés"... Cette expression me fait dire qu'on survole un peu le sujet mais qu'on y accorde de l'intérêt. Bon point.
Voix autotunées (manipulation qui consiste à retoucher une voix fausse grâce à la magie de l'informatique, je ne citerai pas d'exmples, cela pourrait me coûter Cher...), rythmiques tendues et répétitives, basses lourdes, volume à 11, vous êtes bien dans un magasin de la chaîne Zara ou en route pour rejoindre votre discothèque préférée. Tubes R'n'b compressés, tecktonic de campagne, vous êtes bien en train d'ingurgiter une des dernières créations culinaires de McDo, le héros du fast food, ou sur NRJ à vous trémousser sur un des derniers Mastermix de DJ lunettes de soleil et bronzage U.V. New-age, zen attitude, apaisement sur fond de bruits de feuilles dans le vent, vous êtes dans un point de vente Nature & Découvertes, qui rappellons-le, fut un pionnier en la matière (ndlr. L'enseigne a intégré un concept sonore adapté voir "réfléchi"). Cela dit, nous sommes encore loin du compte. Design sonore? Exagéré. Agrément sonore? Exagéré (bis). On impose, on superpose, jamais on ose. On reste à la surface, on comble le vide, on aseptise. Mauvais point.
Pour résumer, un bon point, un mauvais point. Egalité. Balle au centre.
L'article de Libération est en téléchargement ici : design_sonore_pts_de_vente_
dimanche 28 septembre 2008
Saturday's playlist
Les samedi soir se suivent et ne se ressemblent pas, ou pas tout à fait puisque la musique reste toujours l'axe central, le pilier autour duquel les conversations se répandent, les avis s'entrechoquent ou dans une autre mesure, les corps qui s'effleurent...
Ce samedi soir, invité chez un ami, je rapplique avec une bouteille de vin, le single promo du dernier Supergrass (ndlr. "Bad Blood") en offrande et une playlist créee pour l'occasion que je ne peux m'empêcher de présenter dans ces colonnes :
"Another Girl, Another Planet" / The Only Ones, Special View
"Dancing" / Bauhaus, 1979-1983 Volume 1
"Le Dernier des Bevilacqua" / Christophe, Les Mots Bleus
"Dry The Rain" / The Beta Band, The Three E.P's
"Eleanor Rigby" / Booker T. & The MG's, Stax Does The Beatles
"Fell Off The Floor, Man" / dEUS, In A Bar Under The Sea
"Festive Road" / "The Divine Comedy", Liberation
"Gold Mine Gutted" / Bright Eyes, Digital Ash In A Digital Urn
"I Will Possess Your Heart" / Death Cab For Cutie, Narrow Stairs
"I've Seen Enough" / Cold War Kids, Loyalty to Loyalty
"Jungle Pulse" / Etienne Daho, Singles
"Long-Forgotten Fairytale" / The Magnetic Fields, 69 Love Songs, Pt.2
"Losing Lisa" / Ben Folds, Rocking The Suburbs
"Modern Guilt" / Beck, Modern Guilt
"Never Let Me Down Again" / Depeche Mode, Music For The Masses
"Running Up That Hill" (cover) / Chromatics, Night Drive
"She's Not There" / The Zombies, The Singles A's & B's
"Son Of A Gun" / The La's, The La's (remastered)
"That's Not My Name" / The Ting Tings, We Started Nothing
"The Age Of The Understatement" / The Last Shadow Puppets, The Age Of The Understatement
"The Ghost Of Tom Joad" / Bruce Springsteen, The Ghost Of Tom Joad
"The State I Am In" / Belle & Sebastian, Push Barman To Open Old Wounds
"The World Is Gray" / Bang Gang, Ghost From The Past
"There She Goes" / The La's, The La's (remastered)
"We Are Glass" / Gary Numan, Exposure: The Best of Gary Numan 1977-2002
Pour finir, le coup de coeur de cette playlist en vidéo, "There She Goes" des La's, un immense groupe anglais des années 80-90 que l'on oublie un peu trop...
vendredi 26 septembre 2008
Un Kool Gang dans les paquets Bonux...

Comment relancer la machine des ventes de musique? Comment empêcher les gens de voguer dans le peer to peer? Amendes, peines de prison et pourquoi pas la bonne vieille guillotine chère à Raymond Domenech? Grosso modo, il faudrait embaucher quelques millions de cyberflics pour contrôler les faits et gestes des internautes.
Quoi qu'il en soit, prions pour que le cyberflic et son cybertaser ne viennent pas se substituer à des solutions responsables, modernes, créatives voir comiques... Prenez une grosse major, Universal, un groupe mythique des années 70-80, Kool & The Gang et un paquet de lessive mémorable, Bonux et mélangez le tout. Au bout du compte, un coup marketing qui a de quoi faire sourire plus d'une ménagère... Que penser de ce curieux alliage? Rien de spécial sinon un pari gagnant entre deux créatifs alcoolisés ou peut-être l'envie de déconner sur une énième reformation de groupe. Manquerait plus qu'un spot télé genre "It's fresh, it's so fresh, it's Bonux". Trève de plaisanteries, en ce début de week-end, replongeons nous dans le disco de "She's Fresh" des américains et sortons ces bonnes vieilles paillettes...
jeudi 18 septembre 2008
A little more conversation / conversation avec un lecteur /
De temps en temps, une conversation émane à propos d'un article de l'Enceinte. Ephémère, légère, emprunte d'humour ou au sommet , elle vient compléter une information, apporter une précision ou signifier une contradiction. A la base de ce blog, une exponentielle envie de partager une passion, une découverte ou une réflexion. Le web 2.0 est aussi une éternelle conversation... entre passionnés. Morceaux choisis (cette conversation fait suite à l'article "Les Beatles remasterisés" datant du 9 septembre 2008) :
Camille : Explique moi l'intérêt d'une remasterisation (cf les Beatles).
Ohmwork : Pour remasteriser, tu reprends le master d'origine des morceaux tu lui donnes un petit coup de neuf. Disons que pour une production des années 60 par exemple, une remasterisation, avec la technologie actuelle, peut donner des résultats assez intéressants sans pour autant supprimer les informations sonores d'origine.
Camille : Oui, mais ne penses-tu pas que ce sont aussi les accrocs des années passées qui font l'émotion de la musique ou du cinéma d'ailleurs? J'ai détesté la remasterisation des Stars Wars par exemple.
Nicolas : Oui je comprends. La remasterisation est aussi un argument commercial. Relancer une vague de promotion, refaire parler d'un artiste ou d'un album majeur etc etc. Artistiquement, cela peut aussi s’avérer être une vraie réussite comme par exemple le travail entrepris par Paul Mc Cartney sur l'album "Let It Be", le dernier album des Beatles, qui est devenu "Let It Be Naked" trente ans plus tard. Dans ce cadre là, il avait également travaillés sur les arrangements et le mix comme en témoigne la version épurée de "The Long And Winding Road" (ndlr. Macca n'avait jamais aimé la version orchestrée et la production de Phil Spector).
Camille : Cela me fait un peu le même effet que, excuse-moi de la comparaison, la "battle" entre Elvis et je sais plus qui, un D.J me semble-t-il.
Nicolas : Oui, c’était la chanson «A Little Less Conversation » remixé par JXL. Au delà de la question commerciale qui est un vrai argument, le côté positif est la découverte du King pour les plus jeunes. Je préfère voir ce côté car il me semble important que la jeune génération connaisse les porte parole de chaque mouvement musical, en l’occurrence le rock’n’roll pour Elvis Presley.
mercredi 17 septembre 2008
Magical Memory Tour

Et bien non, il ne s'agit pas d'une reformation historique des Beatles à bord d'un bus magique ou d'un hommage à Lennon ou Harrison, ni même d'une opération de grande envergure sur le plus grand groupe de pop de tous les temps. Ce Magical Memory Tour est l'occasion de replonger dans ses souvenirs grâce aux chansons des Beatles et participer à une étude scientifique sur la mémoire (ndlr. l'étude en question est notamment réalisée en étroite collaboration avec la British Association for the Advancement of Science). D'après le site, les souvenirs liés aux Beatles pourraient se révéler être une aide précieuse pour mieux comprendre notre cerveau et la façon dont nous faisons appel à notre mémoire.
Pendant six mois, 3000 personnes de 69 nationalités ont été interrogées sur les souvenirs que leur évoquent les chansons des Beatles ainsi que les événements liés aux Fab Four. "Nous avons été impressionnés par la vivacité des souvenirs que les gens peuvent avoir, après parfois plus de quarante ans" nous indique une chercheuse ayant participé à l'étude.
Votre humble serviteur ayant comme premier souvenir liverpuldien le fameux "Help!", voici un souvenir touchant comme il en existe des centaines sur le site.
Pour se replonger dans ses souvenirs et en savoir plus : http://www.magicalmemorytour.com/
vendredi 12 septembre 2008
Mp3 quand tu nous tiens (2)

Comme convenu avec vous, chères lectrices, chers lecteurs, voici la suite de l'article précédent sur le Mp3, il est signé Gilles Tordjman pour le journal Le Monde (29 août 2008) que nous remercions pour ses précisions et ses lumières sur le sujet. L'article est un peu long mais fort intéressant...
La disparition des contrastes n'est pas seulement une violence esthétique faite à la vérité musicale, c'est aussi un véritable risque sanitaire dont les scientifiques commencent à prendre la mesure.
Tous ceux qui n'ont pas renoncé aux plaisirs de la fête ont déjà fait l'expérience suivante au moins une fois : dans un appartement peuplé d'une cinquantaine de personnes consommant des boissons fortes, plusieurs jeunes gens, DJ d'un soir, rivalisent aux "platines". Ce n'est certes pas nouveau. Mais un ou deux détails signalent qu'on a radicalement changé d'époque. D'abord, les ordinateurs portables, laptops, et autres clés USB ont remplacé les platines vinyles qui avaient pourtant connu une nouvelle jeunesse il y a quelques années. Ensuite, le volume est beaucoup plus fort. Et surtout personne ne danse : un comble. Pourquoi et comment en est-on arrivé là ? La réponse pourrait tenir en deux lettres et un chiffre : Mp3.
Ce nouveau standard audio qui s'est imposé de fulgurante manière en quelques années a déjà suscité une abondance de commentaires. Si l'on en croit les majors du disque, il serait responsable à lui seul de la mort du CD, de plans sociaux plus saignants qu'une série B hollywoodienne –et pourquoi pas du réchauffement climatique, de la pollution des océans ou des déséquilibres géostratégiques, tant qu'on y est ?
Car tous absolument tous les débats qu'a suscités cette nouvelle forme de partage de la musique ne se sont focalisés que sur les problèmes juridiques qu'elle soulève : droit d'auteur, propriété intellectuelle, piratage ou "téléchargement légal". Emblème d'une victoire de la raison économique, le Mp3 était la technologie idéale pour oublier tous les autres problèmes esthétiques, techniques et sanitaires que cette nouveauté posait pourtant. Et qui continuent de se poser. Voici pourquoi et comment.
CULTE DU "BEAU SON"
L'homme qui parle dans ce café du 9e arrondissement de Paris n'est pas un passéiste crispé sur le bon vieux temps. Amateur éclairé de chansons françaises, animateur de la belle petite revue Je chante, Raoul Bellaïche ne peut réfréner une certaine nostalgie : "Je me souviens bien de cette période où la hi-fi coûtait assez cher mais où le grand public était prêt à des sacrifices financiers pour un bon équipement. Et puis tout a basculé en cinq ou six ans. Très peu de gens ont noté que l'arrivée du MP3 marque la première fois qu'un retour en arrière est présenté comme un progrès. Tout le monde s'est habitué, y compris moi, parce que c'est très pratique."
Pratique : le mot est lâché. Evidemment, avant, c'était moins pratique : le culte de la hi-fi et du "beau son", partagé par un grand nombre d'auditeurs mélomanes ou pas, supposait l'acquisition d'un matériel souvent volumineux et les sacrifices financiers qui allaient avec. La diversité de l'offre comblait cette demande : dans toutes les gammes de prix, les fabricants proposaient des appareils dédiés, qu'on mariait les uns aux autres avec cette illusion naïve et belle de toucher à la meilleure reproduction sonore possible. L'audiophilie de papa, c'était ça : la sensation qu'en appariant tel tourne-disque à tel ampli et tel câble à telle paire d'enceintes, on devenait le metteur en scène d'un film domestique dont le titre avait été inventé par ECM, célèbre label de jazz européen : "Le plus beau son après le silence "…
Ce temps-là semble révolu. L'auditeur d'autrefois, pour qui l'écoute était une activité noble à laquelle il sacrifiait du temps, a laissé la place à une "écoute nomade" de la musique. En permettant de stocker dans un espace physique réduit une quantité énorme de musique, le Mp3 a inventé une chose toute nouvelle : l'accumulation furtive. C'est-à-dire la capacité à posséder toujours plus de musique mais à en profiter toujours moins, puisque désormais le temps de l'écoute se superpose à d'autres occupations.
Le fantôme de la gratuité a parachevé le tableau d'une avancée technique que tout le monde ou presque s'accorde à trouver bonne. Ceux qui osent émettre la moindre critique à son égard sont promptement assurés de se voir flétrir de l'épithète "réactionnaire" sur l'air bien connu du "c'était mieux avant". Pourtant, il se pourrait que, dans le cas qui nous occupe, ce fût vraiment mieux avant. Et que ça pourrait être beaucoup mieux demain.
PERTE DE QUALITÉ DRASTIQUE
C'est quoi, au juste, le MP3 ? Juste un format d'encodage des données audio permettant de diviser par dix le poids d'un fichier informatique. Ainsi dématérialisée, la musique peut circuler plus vite d'ordinateur à — baladeur numérique. Mais au prix d'une mutilation indiscutable du signal d'origine et d'une perte de qualité drastique. C'est ce qu'explique Lionel Risler, l'un des ingénieurs du son les plus respectés pour son travail d'orfèvre en matière de restauration d'anciens enregistrements : "Dans le cas du Mp3, on choisit arbitrairement d'enlever du signal tout ce qui est prétendument superflu. Mais sur des critères très discutables. On réduit les informations pour gagner de la place de stockage. Au départ, le Mp3 n'a été conçu que pour accélérer les flux des données sur Internet. Et puis on a ouvert la boîte de Pandore, puisque cette circulation s'est faite sans aucune règle."
Cette compression des données, qui a aussi ses partisans, s'ajoute à un autre traitement du son, pratiqué depuis bien longtemps dans les musiques populaires : la compression dynamique. Schématiquement, la compression dynamique consiste à relever les niveaux faibles et à abaisser les niveaux forts, bref à gommer les contrastes qui donnent tout son relief à la musique. L'intérêt ? Réduire le volume d'informations, en vue d'un stockage ou d'une diffusion sur une bande passante limitée radio ou Internet par exemple, tout en induisant une sensation de puissance sonore, partiellement artificielle.
"L'oreille n'est pas éduquée à recevoir des signaux compressés, explique David Argellies, un jeune acousticien qui par ailleurs apprécie le "gros son". Les radios sont plus fatigantes à niveau équivalent, parce que l'oreille est habituée à percevoir de forts contrastes dynamiques. Et la compression a tendance à la flouer. C'est comme une illusion d'optique. A l'écoute d'une musique compressée, déjà perçue comme plus forte , on aura tendance à augmenter le volume pour retrouver du contraste."
En outre, le volume moyen d'un son dynamiquement compressé peut être réellement plus élevé. Car pour réduire l'écart des variations d'une musique, il faut choisir un volume de référence; et si c'est le volume maximal du morceau qui est choisi, les niveaux faibles sont considérablement augmentés pour atteindre la diminution d'amplitude souhaitée. "Prenez la publicité à la télévision, note David Argellies. On la perçoit comme plus forte , car elle est plus compressée donc plus agressive."
Lorsqu'on parle d'agression, on aborde un terrain évidemment sujet à toutes les polémiques, mais qui ne peut pas se réduire à un combat d'anciens contre modernes ou à une croisade contre la musique de jeunes. Car depuis quelque temps, nombreux sont les scientifiques, parfois jeunes, qui tirent la sonnette d'alarme sur les conséquences sanitaires déplorables que ces nouveaux modes d'écoute auront inévitablement sur les nouvelles générations.
Bernard Janssen, chirurgien ORL et chanteur lyrique de haut niveau – il a fait carrière sous le nom de Bernard Sinclair – est sans doute l'un des mieux placés pour analyser le phénomène : "Les gens qui écoutent de la musique dans le métro sont obligés de pousser le volume pour couvrir le bruit ambiant. C'est terrible, car ils peuvent s'envoyer jusqu'à 140 décibels dans les oreilles, alors que le seuil de douleur se situe à 120. Jusqu'à 70, ça va encore. Certains chanteurs lyriques peuvent développer 130 décibels sans souci pour leur oreille, parce qu'ils projettent le son et qu'il y a des défenses physiologiques. Mais il suffit d'une seule exposition à ce volume pour subir un traumatisme qui débouchera sur une surdité. C'est le traumatisme aigu. Il existe un traumatisme chronique, repérable chez les ouvriers de chantier mais aussi chez les gens qui écoutent trop fort leurs baladeurs. C'est beaucoup plus insidieux car plus on perd l'audition, plus on monte le volume."
C'est désormais un fait acquis : la compression dynamique, appliquée à l'écrasante majorité des musiques actuelles, ne fait qu'aggraver les nuisances déjà bien connues d'un volume sonore excessif. Et cela vaut aussi pour les musiques apparemment les plus "douces". C'est ainsi que deux chercheurs amateurs de rock, Yann Coppier et Thierry Garacino, se sont livrés à de savantes mesures sur l'évolution de la compression dynamique en trente ans. Le résultat est édifiant : le morceau Rock and Roll de Led Zeppelin, perçu au début des années 1970 comme l'une des choses les plus violentes jamais enregistrées, n'est que faiblement compressé en comparaison de… Quelqu'un m'a dit, premier tube de Carla Bruni.
C'est toute la perversité des traitements modernes du son : la ballade un peu douceâtre de la désormais première dame de France se révèle, dans la froide objectivité des mesures scientifiques, bien plus dommageable pour l'appareil auditif que l'hymne hard rock de Led Zeppelin. Avec la compression, "on transforme la chaîne des Alpes en volcans d'Auvergne", résume assez joliment Yves Cochet, concepteur historique de systèmes haute-fidélité de pointe.
RÉAPPRENDRE À ÉCOUTER
Mais la disparition des contrastes n'est pas seulement une violence esthétique faite à la vérité musicale, c'est aussi un véritable risque sanitaire dont les scientifiques commencent à prendre la mesure. Des études récentes ont montré qu'un appareil auditif désaccoutumé aux contrastes dynamiques ne pouvait que perdre de son acuité, et ce même à bas volume. Le spectre d'une pandémie de surdité précoce est-il à redouter ?
"Je vois arriver des jeunes de 18 ou 20 ans qui développent déjà de belles surdités, résume avec fatalisme Bernard Janssen. Je suis très alarmiste et je le dis clairement : il faudra légiférer. Je ne suis pourtant pas très optimiste : dans une époque si soucieuse de liberté individuelle, chacun est évidemment libre de devenir sourd".
Réapprendre à écouter, sensibiliser à la qualité du son plutôt qu'à la quantité seront sans doute les seules solutions pour éviter une crise sanitaire majeure. A moins que, d'ici peu, ne s'inventent de nouvelles technologies plus respectueuses de la santé publique que la — compression dynamique et le Mp3. Qui demeure, de l'avis général des spécialistes, le pire standard de toute l'histoire de la musique enregistrée.
Gilles Tordjman
LEMONDE.FR : Article publié le 29.08.08
jeudi 11 septembre 2008
Mp3 quand tu nous tiens (1)
Allons-nous supprimer la rubrique "Ipod's favorite" des colonnes de l'Enceinte? La question est sur toutes les lèvres de l'équipe depuis le début de la semaine. Explications.
Primo, une déception liée à la durée de vie de l'Ipod qui, après deux ans d'existence, commence à sérieusement accuser le coup (un côté déficient qui oblige à triturer le jack pour enfin avoir une panoramique... en mono). Passé l'inévitable énervement, une solution est trouvé pour réparer le maudit engin : glisser un petit morceau d'aluminium dans le port casque et ainsi rétablir la connexion. Mission accomplie, le Ipod retrouve quelque peu de sa splendeur mais attention, la méfiance demeure.
Secondo, une déception envers le Mp3, ce format de compression tant prisé du consommateur. Oui, le terme est bien "consommateur" et il n'y a aucune exagération si l'on considère le nombre de fichiers échangés chaque jour (compter six voir sept zéros). Le Mp3, une des révolutions technologiques de ces quinze dernières années, l'accès simplifiée à toute la musique du monde par un simple clic, l'échange, le partage et j'en passe... Que de belles vertues ! Passé ce moment de folie, allons-y pour le revers de la médaille. Bien entendu, nous éviterons l'écueuil de la "crise de l'industrie du disque", vaste débat... La déception que j'évoque dans ce second point porte sur la qualité de l'écoute. Il est bon de le répéter, afin de faciliter l'échange, le fichier initial est compressé et bien entendu, cette compression se fait sur le dos de la musique. Perte d'éléments sonores, lissage, formatage... Bref, d'une pièce musicale savamment composée, arrangée, produite, avec le souci du détail, on se retrouve avec un son compacté, sans relief, un peu comme si l'on mettait un plat de Joël Robuchon directement dans le congélateur. Je me demande si le Chef apprécierait la démarche... C'est suite à l'écoute de "The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars" de David Bowie que je réagis. Passer du vinyl d'époque au CD et terminer sur le Mp3, la différence est là mais peut-on parler d'une éventuelle chute du phénomène? Pour le moment, le Mp3 est sur le haut de la vague, n'en déplaise aux puristes...
Pour conforter ce propos, le prochain article verra l'observation de Gilles Tordjman dans un article du quotidien Le Monde en date du 29 août dernier.
mardi 9 septembre 2008
Les Beatles remasterisés
Dans son édition d'octobre 2008 le mensuel Mojo , spécialisé dans la musique (dans la lignée du New Musical Express), publie une interview de Paul McCartney qui explique que la resmasterisation de plusieurs albums des Beatles est achevée. Parmi eux "Yellow Submarine", "Magical Mystery Tour", le "White Album"… Un travail surprenant de qualité selon le magazine qui a pu écouter plusieurs morceaux.
Leur sortie serait prévue pour 2009 sauf si Apple parvient à en obtenir la distribution sur iTunes à temps pour Noël. Cela ne fera qu'un an, après qu'Apple et Apple Corps la maison d'édition des Beatles aient enterré la hache de guerre, que cette remasterisation a été évoquée par McCartney, avec à la clef un accord avec la société de Steve Jobs.
NB : Cette excellente nouvelle vient à point nommé, les derniers masters des Beatles datant des années 80...
lundi 8 septembre 2008
Les 15-35 ans plébiscitent le marketing musical
Juste après une incursion dans la sphère torturée de Dantec et son Babylon Babies (voir article précédent), voici une étude qui nous conforte dans l'idée que la musique et la marque sont désormais étroitement liées, quasi indissociables dans l'esprit du consommateur.
"Une étude réalisée par l'institut Co-Meet pour le compte de l'agence The Matching Room, révèle que 84% des consommateurs ont un avis positif sur une marque qui s'associe à la musique, 60% d'entre eux étant favorables à l'association entre une marque et lun artiste, quelle que soit sa forme : synchronisation, endorsement, co-branding, contenu embarqué, etc. L'enquête indique notamment qu'une associations avec la musique est, pour une marque, plus porteuse en termes de proximité, de mémorisation, de différenciation, d'image et d'universalité, qu'un partenariat dans l'univers du cinéma ou du sport."
Source. CB News - 8 septembre 2008
Orchestral Dantec in the Dark
Proust avait sa Madeleine, Süskind son parfum, mais qui pouvait bien donc s’emparer du son pour lui donner vie à travers sa prose? Qui pouvait bien donc passer de la musique des mots aux mots de la musique? Maurice G. Dantec pardi, et de quelle façon ! La claque est à l’image du bonhomme, violente, torturée, érudite et magistrale.
L’objet du délit se nomme "Grande jonction" et fait suite au flamboyant "Cosmos Incorporated" dans lequel Dantec brossait déjà le tableau d’un monde post-humain inauguré par notre XXIème siècle. Les références musicales y étaient déjà foisonnantes et très éclectiques. Aux frontières de l’anticipation du cyber-punk et de l’expérience mystique, le trip était total, enfin le croyait-on…
"Grande Jonction" qui lui fait donc suite reprend les mêmes éléments mais y ajoute une notion cruciale. La musique, qui jusque la faisait office de bande son musicale pour audiophiles acharnés, se retrouve en plein cœur du récit, mieux, elle devient le récit.
Ce vieux renard de Maurice G. s’empare de la musique pour en faire sa chose, sa solution définitive. Du chapitre I intitulé "Radiohead" au chapitre 50 intitulé "That’s Allright Mama" en passant par "Space Oddity" ou moins évident "Are Friends Electric", il nous livre un véritable opéra rock mystique dans lequel la musique s’avèrera peut-être le salut de l’humanité.
«Le rock donne une existence à la machine, par la musique. Une existence, c’est-à-dire une individualité propre qui dépasse sa simple identité spécifique de chose, même électriquement "animé". Il lui donne une voix. Il lui donne un langage. Une tension infinie entre sens et forme, signe et substance, matière et esprit. Grâce au rock, l’électricité devenait le sens esthétique central de la machine et non plus seulement le courant lui permettant de fonctionner. Voilà quel était le point essentiel. Grâce à la musique électrique, les machines devenaient à leur tour "indivises", à la fois uniques en tant que singularités capables d’exprimer la sonorité particulière d’un individu, et spécifiques, c’est à dire "universelles", énonçant de fait leur substance propre, leur "grain", leur "couleur", bref, l’ensemble des qualités que l’on retrouvait inchangées d’un modèle à l’autre. Leur existence singulière surgissait de cette articulation, de ce "surpli".»
Maurice G. Dantec « Grande jonction »
Mes frères audiophiles croyez-nous . L’enfer de Dantec est pavé de bonne sensation.











